Les chiffres du nucléaire
PRODUCTION
Si le sujet est aussi animé, alors que le nucléaire ne représente que 3% de l'énergie consommée au niveau mondial, c'est parce que la France a
sauté à pieds joints dans l'atome.
- Un nucléaire prépondérant
D'après la World Nuclear Association, la France a produit en 2010, 410 millions de MWh d'électricité avec le nucléaire – ce qui la classe au
deuxième rang mondial, derrière les Etats-Unis (807) et devant le Japon (280). Un MWh représente la consommation mensuelle de deux ménages.
Avec 74,8% de son électricité obtenue grâce à la fission de l'atome, c'est le pays le plus dépendant de ce mode de production.
- Les énergies renouvelables en France
En 2010, l'énergie nucléaire a fourni 81% de l'électricité commercialisée par EDF dans le monde. Ce qui fait de l'électricien français le
champion mondial de l'atome, avec une capacité de 72.000 MW, loin devant le Russe Rosenergoatom (22) et le Coréen KHNP (18).
Le reste de l'électricité commercialisée par EDF vient des énergies renouvelables (10,7%, dont 7,9% pour l'hydraulique), du charbon (3,4%), du
gaz (3%) et du fioul (1,6%). L'objectif d'EDF est d'arriver en 2020 à un mix énergétique comprenant 25% d'énergies.
Pour 7,9% de son électricité seulement, EDF exploite 640 barrages dans l'Hexagone, avec des usines de capacités très diverses. D'après
l'électricien, 70% du potentiel hydroélectrique français est encore inutilisé. Ce qui laisse entrevoir de belles possibilités de diversification, à condition d'accepter la multiplication des
barrages.
En ce qui concerne l'éolien, la capacité installée d'EDF Energies Nouvelles s'élevait à la fin de l'année dernière à 2 923 MW, dont 961 MW aux
Etats-Unis, 496 MW au Portugal et seulement… 389 MW en France. La puissance d'une éolienne terrestre peut atteindre 3 MW. Pour remplacer totalement le parc nucléaire par la force du vent,
il faudrait donc multiplier le nombre d'éoliennes actuelles par plus de 150… Ce qui revient à planter sur le territoire français, d'après un calcul approximatif, plus de 20.000 hélices!
A défaut de ce projet impossible à réaliser, le gouvernement français mise sur l'éolien offshore pour rattraper son retard. Un grand appel d'offres a été lancé pour atteindre une capacité de 6 GW
à l'horizon 2020.
EMPLOI
Pour Henri Proglio, interrogé par Le Parisien, le débat sur le nucléaire met en jeu le sort d'un million d'emplois, qui se distribuent de la
façon suivante: "400.000 emplois directs et indirects, 500.000 emplois dans les entreprises actuellement localisées en France et très gourmandes en énergie, comme l’aluminium, qui risqueraient de
partir à l’étranger (et) 100.000 emplois futurs provenant du développement du nucléaire mondial à partir de la France".
Par ailleurs, l'accord programmatique signé entre le PS et Europe Ecologie prévoit la fermeture de 24 des 58 réacteurs qui constituent le parc
nucléaire français. En moyenne, un réacteur emploie 350 personnes sur le site. Ce qui signifie que 8.400 emplois sont directement menacés. A quoi il faut ajouter tous les emplois indirects et
induits, qu'il est très difficile de chiffrer, et ceux menacés chez Areva, 8.000 à 10.000 selon la CFDT.
POIDS ECONOMIQUE
La filière électronucléaire au sens strict représente 12 milliards d'euros de valeur ajoutée, soit 0,71% du PIB. Si l'on y ajoute la valeur
indirecte et induite, sa part monte à 33,5 milliards, soit 2% du PIB. Ce qui suffit à mesurer l'enjeu économique du débat, au-delà de l'aspect environnemental.
Argument fréquemment utilisé par les pro-nucléaires, le secteur est exportateur et soutien un commerce extérieur bien mal en point. En 2010, le
solde des échanges transfrontaliers d'électricité a été positif de 29,5 TWh. Les bons clients de la France sont l'Italie et la Suisse. En revanche, le solde est négatif avec l'Allemagne.
PRIX DE L'ELECTRICITE
Autre sujet de controverse, le prix de l'électricité. Depuis Fukushima, le gouvernement rappelle que le nucléaire permet aux Français de payer
la lumière et le courant moins cher que dans la plupart des pays européens. En effet, seules la Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Roumanie et la Croatie affichent des prix plus bas. D'après
Eurostat, le prix du kWh en France pour les particuliers (9,94 centimes d'euro) est très nettement inférieur à la moyenne des 27 membres de l'Union (12,75 centimes d'euro). Soit 22% moins cher.
Selon EDF, la facture d'électricité moyenne pour un ménage est de 450 euros par an en France, contre 850 euros en Allemagne.
En ce qui concerne aux entreprises, là aussi selon Eurostat, le nucléaire leur offre un avantage industriel conséquent, puisque le prix moyen
est de 7,22 centimes d'euro contre 9,36 centimes en moyenne dans l'Europe.
Tout le monde s'accorde pour dire que les prix vont beaucoup augmenter d'ici 2030, compte tenu des investissements à réaliser. L'UFE (Union
française d'électricité, association regroupant EDF, GDF Suez, E.ON, Poweo ou encore le Syndicat des énergies renouvelables) estime la hausse à 33% dans le cas où la part du nucléaire dans la
production d'électricité resterait stable, et à 50% si elle devait être descendue à 50%.
COÛT DE LA SORTIE DU NUCLEAIRE
Interrogé au mois de septembre par Le Figaro, le patron du Commissariat à l'énergie atomique Bernard Bigot avait alors dit que la facture
s'élèverait sans doute au-dessus des 250 milliards d'euros prévus par l'Allemagne, qui a décidé de se passer de l'atome.
Une étude publiée récemment a précisé les montants en jeu. Elle émane de l'UFE. L'association a établi plusieurs scénarios à l'horizon 2030 :
le premier avec une part de production nucléaire à 70% (en ligne avec l'objectif actuel de promotion des renouvelables), le deuxième à 50% (l'ambition du candidat socialiste François Hollande) et
le troisième à 20%. Le premier scénario nécessitera, selon l'UFE, des investissements de 322 milliards d'euros, le second 382 milliards d'euros, le troisième 434 milliards d'euros. En clair,
l'accord passé entre les socialistes et les écologistes implique un surcoût de 60 milliards d'euros en vingt ans.
Vendredi, Les Echos ont publié, en partenariat avec l'institut Montaigne, une nouvelle estimation d'une réduction de la part du nucléaire à
50%. Le surcoût serait de 125 milliards d'euros, dont 45 milliards pour "la production d'énergies plus coûteuses (centrales à gaz, éoliennes, panneaux photovoltaïques, etc.) et 80 milliards
"pour réduire la consommation d'énergie et (pour) les investissements nécessaires à réaliser pour passer d'un parc de production centralisé (58 réacteurs nucléaires) à un parc décentralisé
(éoliennes, photovoltaïques, etc.)".
Quant à une sortie totale de l'atome, elle entraînerait selon l'institut Montaigne un surcoût de 220 milliards d'euros.