Très attachés au fait de mener à bien des projets de recherches, les enseignants du supérieur craignent que le gouvernement ne porte atteinte à ce droit par le biais du projet de réforme en cours.
Pourtant 24 % des enseignants-chercheurs ne font partie d'aucune équipe de recherche. De plus, parmi les 76 % restant, un quart (14 000 personnes)
travaillant dans les unités de recherche n'ont pas publié dans les quatre années précédant 2007. Cette évaluation a été menée par la mission scientifique, technique et pédagogique du ministère de
l'Éducation nationale (MSTP).
Un universitaire est pourtant censé consacrer une partie de son temps de travail à la recherche, l'autre à l'enseignement. L'étude met en évidence le fait que certains ne font aucune
recherche : ils dispensent leurs six à huit heures de cours hebdomadaires pendant les huit mois que dure l'année universitaire et consacrent le reste de leur temps à des activités privées ou
à arrondir leurs fins de mois. Des enseignants d'économie peuvent être amenés à travailler comme conseil dans des banques… « On peut considérer que le salaire d'un enseignant-chercheur n'est
pas très important quand il remplit son contrat mais beaucoup trop élevé quand il ne le remplit pas », estime ainsi Alain Neuman, ancien président de l'université Paris-XIII.
Le décret que les enseignants-chercheurs ne veulent pas voir évoluer permet un marché de dupes : ces derniers, peu évalués, ont un statut figé et beaucoup d'autonomie. En contrepartie, ils
sont sous-payés. Un maître de conférences qui débute à 1 700 € net peut terminer sa carrière à 3 100 € net. En voulant faire le ménage dans des situations parfois troubles, le
gouvernement s'est risqué à bouleverser ce fragile équilibre.
La répartition des publiants et des non-publiants varie d'une matière à l'autre : si seuls 19 % des enseignants-chercheurs des sciences dures (mathématiques, physique, chimie, etc.) ne
publient pas, ils sont 20 % dans les sciences de la vie (biologie, médecine, écologie) et 28,5 % en sciences humaines et sociales. Des chiffres que Jean-Robert Pitte, ancien président
de l'université Paris-IV, considère encore comme trop optimistes. Il estime à 40 % le nombre d'enseignants du supérieur qui ne publient pas. «C'est l'omerta, car personne ne veut
l'avouer !», fulmine-t-il. «Aucune sanction n'est possible. Personne ne peut les obliger à faire de la recherche et certains s'en donnent à cœur joie : ils se sont contentés de rédiger
leur thèse.» Un enseignant dans une petite université du sud de la France avance même le chiffre de 52 % de non-publiants. Dans celle de Grenoble-II, ils sont 40 %.
Sans compter que les critères d'appréciation d'un «publiant» ne sont pas «très exigeants», estime un président d'université : est considéré comme «publiant» un enseignant qui a satisfait à
un nombre minimal d'articles dans des revues reconnues, en général un à trois en quatre ans. Dans le secteur des sciences de la vie, alors que trois publications dans des journaux d'impact moyen
suffisent, une publication dans Nature ou Science permet de cataloguer l'enseignant comme publiant.
Ce constat critique sur les enseignants est cependant à nuancer : «L'entrée dans la carrière est très sélective et les enseignants-chercheurs commencent souvent à 30 ans. Certains
éprouvent donc le besoin de souffler, d'autant plus qu'ils ont entièrement à fabriquer leurs cours», selon le doyen d'un UFR de langue anglaise à Lyon. «À l'inverse, les plus âgés sont démotivés.
Certains ont passé vingt ans à fouiller tel aspect de la linguistique anglaise et n'ont pas envie de se relancer dans une autre recherche de longue haleine à quatre ans de la retraite.» Par
ailleurs, note-t-il, les tâches administratives et pédagogiques lourdes comme l'aide à la recherche de stages ou la recherche de contrat avec des entreprises privées ne sont pas prises en compte
dans leur temps de travail.
La loi du 10 août 2007 confère aux universités la responsabilité de construire une politique autonome de gestion des ressources humaines et ouvre la possibilité de moduler les services des
enseignants-chercheurs.
C’est pour mettre en œuvre ces dispositions de la loi qu’il est indispensable de revoir le décret qui régit actuellement cette question et qui date de 1984.
Ce décret permet aux enseignants-chercheurs de dégager des temps de recherche ou d’enseigner plus, en fonction des différents moments de leur carrière.
Le décret datant de 1984 prend seulement en compte les heures d’enseignement dispensées en présence d’étudiants. Cela signifie que l’enseignant qui effectuerait, à côté de ces heures,
d’autres activités, ne peut pas, aujourd’hui, les voir reconnues. C’est ce qui change avec le projet de décret : le temps pourra être modulé en tenant compte de l’ensemble des
activités.
Les universités pourront assurer les promotions des enseignants-chercheurs, en fonction de l’évaluation nationale effectuée par le CNU (Conseil National des Universités) sur l’ensemble de leurs
activités (pédagogiques, recherche et administration). En confiant cette mission au CNU, ce sont donc des pairs de la même discipline qui procéderont
à l’évaluation des enseignants chercheurs de leur discipline Les décisions de promotion seront motivées et publiques. Elles concernent la modulation
des services, la politique de primes ou encore la promotion au grade supérieur. Une modulation de service à la hausse (davantage ou moins d’heures de recherche ou d’enseignement par
exemple) ne pourra se faire pour un enseignant-chercheur bien évalué par le CNU, sans son accord.
Le projet de décret garantit le respect de l’indépendance des enseignants-chercheurs, qui est un principe à valeur constitutionnelle, ainsi que le caractère national du
statut.
Les décisions de modulation et de promotion pourront être réexaminées.
Ce décret accompagne une démarche globale de revalorisation des carrières dans l’enseignement supérieur et de la recherche.
Face aux inquiétudes soulevées par la réforme du statut, Valérie Pécresse a décidé de nommer une médiatrice, spécialiste des questions universitaires, Mme Claire Bazy-Malaurie, qui a présidé le
Comité de suivi de la loi sur l’autonomie des universités, afin de prolonger durant deux mois, la concertation qui a débuté il y a 18 mois sur ce texte avec l’ensemble de la communauté
universitaire.
