Jeudi 14 août au soir, accompagnée d’administrateurs d’Avenir TIERS-AMBERT, j’ai tenu une conférence de presse sur ce
sujet.
Bon nombre d’élus de gauche :
-Ont un discours de peur (fermeture de telle ou telle structure)
-Incitent à signer des pétitions
-Demandent aux maires de délibérer « pour protester contre l’accumulation de mauvais coups portés à l’ensemble de nos services
publics »
Mais :
-Quid des explications des réformes ?
-Que proposent ils à la place ?
L’exercice de la démocratie, c’est d’abord avoir une approche pédagogique ; Il me semble donc
indispensable :
-D’expliquer à la population les reformes
-D’argumenter : dire pourquoi on est pour ou contre ; ce n’est ni être béni oui oui, ni être béni non non
-D’échanger avec les habitants.
Il faut que les forces de droite (quelqu’elles soient) puissent également s’exprimer face à une opposition idéologique
systématique. Telle fut l’objet de la conférence de presse d’hier soir. Celle-ci reposa sur 5 axes :
-Pourquoi ces réformes (I)
-La gestion et l’organisation de l’hôpital (II)
-La prévention (III)
-L’aménagement du territoire (IV)
-Et pour résumer (V).
I Pourquoi ces reformes ?
Ces reformes sont issues des Etats généraux de l’organisation de la santé, lancés en novembre 2007 et devant préparer le
projet de loi de modernisation du système de santé.
II Comment est géré
l’hôpital ?
A Sur le
plan financier et humain ?
a Comment les établissements obtiennent leurs financements ?
Avant la mise en œuvre de la T2A (Tarification A l’Activité), les tarifs des établissements de santé étaient fixés à l’issue
d’une négociation entre les établissements et l’assurance maladie. Pensez vous que cela était équitable ? Un
directeur d’hôpital, bon négociateur, mais avec peu de besoin, pouvez obtenir davantage qu’un directeur qui avait plus de besoin mais qui savait moins bien négocié ! Ce n’était pas un
système juste ! Depuis 2004, ils le sont, mais sur la base de tarifs préexistants. L’objectif du gouvernement est donc :
-De connaître le coût exact de chaque établissement, notamment en pratiquant la comptabilité analytique
-D’avoir cette méthode dans le public, mais aussi dans les établissements de santé privés
-De tendre vers une convergence tarifaire d’ici 2012
Et pour ceux qui dirait que ces modes de calculs vont éloignés les personnes précaires du système de santé : PAS DU TOUT
… Roselyne Bachelot souhaite faire évoluer la tarification à
l’activité (T2A) dans le sens d’une prise en charge qui prenne en considération la situation sociale des patients, notamment ceux en situation de grande précarité ; L’objectif étant de tenir
compte de la durée de séjour de ces patients qui est supérieure à la moyenne pour toutes les pathologies.
b Comment résoudre les déficits ?
Face à l’ampleur du déficit de certains établissements, l’Etat a mis en place, en 2004, une aide de 300 millions
d’euros. Celle-ci était conditionnée par la signature d’un Contrat de Retour à l’Equilibre Financier
(CREF) ; Or, selon un rapport de l’Igas, dans la plupart des cas :
-Non seulement il n’y a pas eu signature de contrat,
-Mais il y a eu, dans certains cas, continuité de l’investissement,
-Sans forcément faire évoluer l’offre de soins en fonction des besoins réels de la population de leurs territoires.
Là encore, est ce que nous trouvons cela normal ?
c Y a-t-il une véritable gestion des ressources humaines ?
Le principe d’une démarche de gestion prévisionnelle des effectifs des emplois et des compétences a été introduit à l’hôpital
par une circulaire de 1997 (Bernard KOUCHNER étant alors secrétaire d’Etat à la santé). Or, à ce jour, celle-ci
est loin d’être appliquée partout. Elle est pourtant indispensable pour anticiper les effets du vieillissement
des personnels de santé.
d Qu’en est il des départs à la retraite ?
La fonction publique hospitalière connaît un choc démographique sans précédent. Entre 1999 et 2015, 385 000 départs à la retraite auront lieu. 2012 sera l’année où les départs seront les plus nombreux : 29 000 agents prendront leur retraire.
e Que faire pour palier à cela ?
Tout d’abord, il faut savoir que le nombre de médecins résulte essentiellement du numerus clausus. Il a été assez élevé jusqu’en 1983 (environ 8 000 places), puis a diminué jusqu’à atteindre son niveau le plus bas en 1993
(3 500 places) (Bernard Kouchner était alors ministre de la santé). Il est de 7 300 pour cette année.
Le 9 avril 2008, la ministre de la santé a clôturé les états généraux de l’organisation de la santé en indiquant que les
résultats de leurs travaux serviraient de cadre aux prochaines négociations conventionnelles sur les mesures de régulation, entre zones à faible et forte densité médicale et seraient pris en
compte pour la préparation du projet de loi de modernisation de l’accès aux soins qui sera présenté à l’automne.
Pour lutter contre la désertification médicale, l’Etat veut créer des maisons de santé ; Il souhaite en ouvrir une
centaine en 2008 et apporterait une aide forfaitaire s’élevant jusqu’à 50 000 euros.
B Sur le plan
de l’organisation général ?
1 Mieux préparer la sortie de l’hôpital
Afin de mieux préparer la sortie des personnes hospitalisées, il est envisagé de désigner une personne au sein des
services.
2 Connaître les besoins
L’hôpital doit répondre aux besoins de la population, ce qui exige une analyse territoriale pertinente.
3 Rechercher la complémentarité
Pour des bassins de population de taille restreinte, l’existence de plusieurs établissements de santé en concurrence conduit
à des doublons sans avoir la possibilité d’investir dans du matériel coûteux, ni d’offrir un service de qualité. La recherche de complémentarité et de spécialisation des activités apparaissent donc comme une nécessité.
4 Former des communautés hospitalières
Il ne s’agit pas là de fermer des hôpitaux, comme, malheureusement, on peut l’entendre trop souvent, mais d’inciter les
hôpitaux publics à se rapprocher pour former des communautés hospitalières.
5 Développer d’autres champs d’intervention
De nombreux champs restent encore insuffisamment pris en compte. Il faut donc les dynamiser. Ils sont, notamment, liés au
handicap et à la dépendance.
6 Mutualiser les gardes à travers les maisons de santé
La diminution attendue du nombre de médecins dans les prochaines années et leur nombre limité dans certains territoires nous
oblige à revoir le mode d’organisation de la médecine généraliste et plaide en faveur d’une mutualisation des gardes entre les praticiens. Les maisons de santé sont une solution. Roselyne Bachelot souhaite en ouvrir 100 en 2008 avec une aide de 50 000 euros par
structure.
III Quelle est la place de la prévention ?
En développant la prévention, on réduit les inégalités de santé. 16% des enfants sont en surpoids. Il faut donc
développer les actions suivantes :
-Education des enfants à la santé
-Sensibiliser les parents et grands parents
-Développer le goût de l’activité physique et sportive
-Appendre les gestes qui sauvent
IV
Pourquoi parler de l’aménagement du territoire ?
La question du territoire est importante car elle touche à :
-La répartition de l’offre de soin territoriale
-L’accessibilité, la distance, la qualité des soins
-La participation des services de santé à l’économie locale.
Les travaux des Etats généraux de l’organisation de la santé ont pour objectif de rénover l’offre de soins de premiers
recours et d’identifier des outils qui permettront de garantir aux citoyens une égalité d’accès aux soins, en améliorant la répartition des professionnels de santé sur le
territoire. C’est aussi pour mieux couvrir le territoire en fonction des besoins, que l’Etat a créé les Pôles
d’Excellence Rurale. Il a d’ailleurs soutenu financièrement, en 2006 et 2007, des projets locaux de santé.
V Et
pour résumer ?
A Que
dit le projet de loi ?
Le projet de loi « Patients, santé et territoires » a un seul objectif : OFFRIR DES SOINS DE QUALITE SUR TOUT
LE TERRITOIRE. Il comportera 4 titres :
1 Prévention et santé publique
Ce volet sera consacré au renforcement des politiques de prévention. Il prendra en compte des problèmes très concrets de
santé publique :
-Lutte contre l’obésité,
-L’alcoolisme,
-Le tabagisme,
-Meilleur accès à la contraception et à l’IVG,
-Meilleur suivi gynécologiques, prévention des maladies liées à l’habitat.
2 Accès
de tous à des soins de qualité
Il sera consacré :
-A la médecine générale de premier recours,
-A la réforme de la formation continue.
3 Modernisation des établissements de santé
Il va reprendre très largement les conclusions du rapport Larcher sur la modernisation de l’hôpital.
4 Mise en place des ARS (Agences Régionales de Santé)
Il va permettre de renforcer le pilotage territoriale afin qu’il soit au plus près des besoins de la
population. Il s’agit d’assurer une répartition plus juste de l’offre de soins pour lutter contre les déserts
médicaux.
B Mais alors, pourquoi s’inquiéter ?
En effet, à la lecture des différents travaux du ministère de la santé, on se rend compte que la prévention va être
développée, les gardes des médecins vont pouvoir être mieux organisées, l’hôpital va se réorganiser pour répondre aux besoins de la population, entre autres.
C Que
dire fasse à cela ?
En outre, le Président de la République a redit qu’il n’y aura pas de fermeture. Que chaque hôpital doit demeurer et garder
ses emplois. Mais qu’ils doivent s’adapter aux besoins de la population et assurer qualité et sécurité.
D Et que dit
l’opposition ?
Claude Evin, député PS : « Les élus locaux ont perçu la nécessité de se
regrouper pour gérer ensemble un certain nombre de services. Ils ne peuvent pas refuser de regrouper les hôpitaux »
Didier Migaux, président PS de la commission des finances à l’Assemblée nationale : est « ouvert » à des regroupements d’hôpitaux, « parce que de temps en temps il vaut mieux faire des kilomètres
supplémentaires et être sûr de pouvoir être soigné dans des conditions satisfaisantes ».